PrestaShop en excès de vitesse : la réponse de l’éditeur

PrestaShop en excès de vitesse : la réponse de l’éditeur

La publication de l’article exposant ma vision de la stratégie appliquée par l’éditeur de PrestaShop depuis 2 ans a suscité un très grand nombre de commentaires.

Parmi ces réactions, celle de l’éditeur de PrestaShop, manifestement très attendue. Celui-ci dispose en toute légitimité d’un droit de réponse publié ci-dessous, suivi de mes commentaires.

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1. PrestaShop en excès de vitesse : la réponse de l’éditeur

Monsieur Beck,

C’est avec beaucoup d’attention que nous avons lu votre article sur PrestaShop et nous vous remercions de votre intérêt pour notre société. Au vu des propos que vous tenez et des commentaires qui en ont découlé, il était naturel que PrestaShop souhaite exercer son droit de réponse, ce à quoi vous avez donné suite.

A titre préliminaire, il eut été opportun de signaler à vos lecteurs que vos sources sont très largement issues d’anciens collaborateurs de PrestaShop, dont le départ a sans nul doute suscité l’aigreur et le ressentiment. De même, il est important de signaler au lecteur votre proximité avec Magento ainsi que les différends professionnels que vous avez rencontrés avec mon prédécesseur. Différends qui sont aujourd’hui de l’histoire ancienne.

Sur le fond, reprenons vos arguments point par point avant de donner une perspective plus globale sur PrestaShop.

Comme vous le rappelez, votre article a été rédigé en deux temps. Il ne vous aura pas échappé que la direction générale de PrestaShop a évolué ces derniers mois. J’ai en effet été amené à prendre en mai dernier la tête de l’entreprise au départ de Christophe Crémer. A cette occasion, et après une période nécessaire d’audit et de consultation, nous avons décidé d’infléchir la stratégie de l’entreprise, faisant le même constat que vous au regard de la focalisation sans doute outrancière de PrestaShop sur un de ses concurrents, à savoir Magento. Il est exact que nous partageons avec Magento le même objectif : celui de répondre aux attentes et aux besoins des e-commerçants. C’est dans cet esprit que notre solution évolue et s’améliore chaque jour. Comme vous néanmoins, nous considérons que le cœur de cible de PrestaShop est ce vivier de PME qui constitue l’immense majorité des e-commerçants, en France et dans le monde. 95% des 100.000 boutiques en ligne françaises réalisent ainsi moins de 200.000 euros de chiffre d’affaires annuel (source : FEVAD 2012). C’est la réalité du e-commerce et nous ne pouvons la nier. Au contraire, c’est la force de PrestaShop que de s’adresser à une très large communauté de marchands plutôt que de se concentrer exclusivement sur une frange très restreinte de grands comptes, déjà présents sur le web et ne souhaitant bien souvent pas changer de solution e-commerce. Ceci étant dit, PrestaShop est très fier de compter parmi ses utilisateurs de grandes références comme Btwin, Planet Sushi, Eric Bompard… mais aussi des success stories comme Archiduchesse ou Enviedefraises. Toutes ces sociétés ont fait confiance à PrestaShop (et à nos agences partenaires) pour développer leur présence commerciale sur le web : c’était vrai avec la v1.4 de notre logiciel, cela sera nécessairement encore plus le cas avec la sortie récente de la v1.5.

Les choix stratégiques qui ont dicté à la conception de la v1.5 visaient, il est vrai, à enrichir le périmètre fonctionnel de PrestaShop pour satisfaire la demande de grands comptes mais aussi de sites de taille plus modeste souhaitant disposer d’une réelle perspective d’évolution sur notre logiciel. C’est pourquoi la v1.5 du logiciel propose 45 nouvelles fonctionnalités (et non pas 100), avec notamment le multiboutique que vous citez dans votre article. Vous avez parfaitement raison de rappeler que cette évolution du périmètre fonctionnel a engendré des besoins de recettage plus importants. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons constitué une équipe dédiée et à plein temps pour nous assurer de la stabilité du logiciel à sa sortie officielle en septembre dernier. Vous mentionnez des bugs dans PrestaShop ? C’est évident, il s’agit d’un logiciel et il y aura toujours des améliorations possibles. Interrogé sur le sujet par un journaliste du Journal du Net fin septembre, nous avions alors donné quelques éléments de comparaison indiquant que le nombre de bugs ouverts sur Magento ou WordPress étaient largement supérieurs à celui de PrestaShop. Loin de nous l’idée de nous satisfaire de cette situation mais convenons ensemble que PrestaShop est une solution stable et aboutie, qui réussit à convaincre chaque jour près de 200 nouvelles boutiques de l’utiliser.

Vous vous inquiétez de la contraction récente de notre effectif. Là encore, soyez certain qu’il s’agit d’une politique pleinement assumée par la direction générale visant à assurer la pérennité de l’entreprise sans porter atteinte à la qualité du logiciel et aux intérêts de la communauté et de nos partenaires. Pour votre information, PrestaShop compte actuellement 16 développeurs au total entre la France et les Etats-Unis.

Naturellement, les départs qui sont intervenus cette année ont engendré leur lot de frustration et de rancœur, sentiments que nous avons retrouvés depuis sur de nombreux forums alimentés par des anciens collaborateurs sans doute amers des décisions de saine gestion que nous avons été amenés à prendre. Néanmoins, nous ne saurions tolérer les mises en cause personnelles de certains collaborateurs de l’entreprise ainsi que les commentaires faisant état de harcèlement. Ces propos sont infondés, graves et insultants vis-à-vis de l’entreprise, de sa direction et de ses collaborateurs.

Décidément très inquiet, vous semblez craindre une disparition prochaine de PrestaShop. Permettez-nous de nous inscrire en faux par rapport à certaines de vos affirmations. PrestaShop a certes levé des fonds en 2011 mais l’entreprise vit aujourd’hui de ses revenus d’exploitation qui sont en croissance forte et continue sur les 3 dernières années. Avec une meilleure gestion de ses charges, PrestaShop dispose désormais d’une visibilité très forte sur son avenir et dispose du soutien sans faille de ses investisseurs.

Plus insidieux sont vos propos sur nos rapports à nos partenaires. En effet, nous sommes fiers de disposer d’un solide réseau d’agences qui, pour certaines, nous ont accompagné depuis nos débuts. Vous insinuez que PrestaShop a mis en place un système quasiment mafieux, fondé sur le copinage. Il n’en est rien et nous sommes malheureusement certains que bon nombre de nos partenaires se sont sentis agressés par votre affirmation. Nous profitons de cet article pour remercier très sincèrement nos partenaires d’accompagner chaque jour la croissance et la réussite de PrestaShop. Nous tenons aussi à rappeler ici que PrestaShop est un éditeur de logiciels ; nous ne faisons pas de prestations de services, en dehors du support utilisateurs. Enfin, notre solution SaaS (PrestaBox) ne constitue en rien une concurrence vis-à-vis de notre réseau. En effet, le SaaS correspond aujourd’hui en Europe à une frange de petits marchands qui souhaitent se lancer en ligne rapidement avec un budget très limité.

Prenons maintenant un peu de recul par rapport à votre article et aux commentaires qui s’en sont suivis. Quelles sont les ambitions de PrestaShop ? Avec actuellement 125.000 boutiques actives et une présence dans plus de 100 pays, nous ambitionnons plus que jamais d’être la solution e-commerce de référence au plan mondial pour tous types de marchands, avec un focus particulier sur l’immense majorité de PME qui apprécient au jour le jour la facilité d’accès et les performances de PrestaShop. Notre stratégie est claire, notre business model abouti. Avec 30% de parts de marché en France, le devenir de PrestaShop est naturellement hors des frontières, ce qui ne signifie en rien l’abandon de notre marché national et/ou le déménagement de l’entreprise à l’étranger. Notre filiale américaine est pour nous un atout qui nous permet d’avoir un pied sur le principal marché e-commerce mondial et une capacité d’anticipation des grandes tendances du secteur. Depuis quelques mois, la société fait l’objet de nombreuses attaques ou calomnies derrière lesquelles il est aisé de reconnaître les instigateurs. PrestaShop se porte bien, les perspectives sont bonnes et la stratégie claire, assumée et partagée. Grâce aux efforts de nos collaborateurs et au soutien de nos partenaires, PrestaShop est aujourd’hui un des rares sociétés françaises du web avec un tel rayonnement à l’international. Nous devrions tous nous en réjouir.

Après une année 2012 charnière dans l’histoire de l’entreprise, toute l’équipe – française et américaine – est désormais soudée et partage la même ambition. C’est donc au nom de l’ensemble des collaborateurs que nous tenions à rétablir certaines vérités et à transmettre ces différents messages.

Benjamin Teszner, Directeur Général & Bruno Lévêque, co-fondateur.

2. Précisions et commentaires de l’auteur

Je tiens à remercier PrestaShop pour leur réactivité et les précisions qu’ils ont bien voulu apporter aux points qui font l’objet de mon inquiétude quant à la stratégie appliquée par PrestaShop depuis deux ans. Je me dois de préciser également certains points.

Il est évidemment erroné de dire que mes sources sont très largement des anciens collaborateurs. Comme je l’indique en introduction de mon article, il s’agit d’une analyse basée sur des faits avérés, complétés de ma propre expérience avec la solution. Cette analyse est manifestement partagée par une part non négligeable des acteurs de la communauté PrestaShop ; en témoignent les nombreuses confirmations publiées dans les commentaires.

Permettez-moi de m’inscrire en faux quand à une supposée proximité avec Magento. Je n’en ai pas plus avec Magento Inc. qu’avec PrestaShop – hormis le fait que je connais bien les deux solutions, ayant développé une expertise que je transmets tant en formation PrestaShop qu’en formation Magento.

Je vous remercie d’avoir déterré un désaccord entre Christophe Cremer et moi vieux de 18 mois (février 2011) et qui ne concerne en rien la stratégie technique mise en oeuvre par votre société. Désaccord pour lequel tout a d’ailleurs été pardonné à mon initiative personnelle au salon e-Commerce 2011, la preuve étant que j’étais reçu dans vos locaux début 2012 pour la présentation de PrestaShop v1.5 dans le cadre d’une formation, ayant à cette occasion aidé personnellement et sans contrepartie vos collaborateurs dès qu’ils me questionnaient.

J’ai donc, à cette occasion, appris le principe de répartition des projets par type de certification, ainsi que le retard de la version 1.5 puisqu’en mars le multi-boutiques n’était toujours pas fini. Je tiens à préciser que mes déductions ne sont absolument pas le fruit d’une délation de la part des collaborateurs de cette époque.

Je suis heureux de constater que vous partagez mon point de vue sur la cible de PrestaShop. Le chiffre de plus de 100 fonctionnalités m’avait été donné lors de la présentation de la v1.5 en vos locaux début 2012 en présence d’agences partenaires, je constate que vous avez à bon escient réduit ce périmètre. 45 fonctionnalités est à mes yeux toujours trop, ce n’est que mon point de vue mais vous n’auriez dû en sortir qu’une seule : le multi-boutiques… et le bosser à fond, la stabilité en aurait sûrement été mieux assurée.

Vous m’indiquez qu’une équipe de testeurs a été constituée pour assurer la stabilité de la version 1.5 : je vous crois sur parole. Mais dans ce cas, pourquoi la communauté se plaint-elle tellement du manque de stabilité de la v1.5 ? De plus, quelle est donc cette comparaison entre le nombre de bugs Magento et le nombre de bugs PrestaShop ? Il n’y a pas de comparaison possible puisque que ce ne sont pas les même logiciels et la couverture fonctionnelle des 2 est complètement différente. S’agit-il de bugs grossiers ou de bug très pointus ? Je ne partage malheureusement pas du tout votre opinion sur le fait que PrestaShop est stable et aboutie (c’est d’ailleurs le principal sujet de mon article), je suis tout à fait disposer à en débattre mais l’architecture logicielle est un sujet qui serait long à traiter et incompréhensible pour toute personne non-initiée aux développements.

Je vous remercie de m’avoir rassuré sur le fait que PrestaShop a toujours des développeurs, j’en déduis donc que le pôle développement a été transféré aux USA.

Concernant les mises en causes, je partage totalement votre avis.

“Une stagnation les conduirait sur le même chemin qu’OsCommerce” : il me semble que j’aurais dû insister sur le sens de cette affirmation, qui ne peut pas être comprise par les lecteurs n’ayant pas forcément connu OsCommerce. Cette solution a connu une désertification de sa communauté, bien que ce phénomène ait été long et progressif. Un tel phénomène est moins probable vous concernant car OsCommerce n’avait pas de société éditrice, mais pas impossible si la solution stagne. Je n’évoque cependant pas à court terme de disparition de PrestaShop.

En ce qui concerne le système de partenariats, je n’ai évidemment pas parlé de système mafieux, et veux bien croire tout ce que vous me dites… mais l’attribution des projets en fonction de leur taille et du niveau de certification est votre mode de fonctionnement, je n’ai rien inventé. Je ne crois pas PrestaShop pire qu’un autre à ce sujet, d’où ma référence à Magento dont le fonctionnement est semblable.

Concernant le SaaS et PrestaBox : si vos agences bronze ont le droit aux projet à 500€, alors le SaaS est en concurrence avec elles. D’ailleurs quand j’ai évoqué ce sujet lors de la présentation de la v1.5, une agence certifiée bronze partageait mon point de vue à ce sujet et votre collaborateur a botté en touche sur le sujet.

Quoiqu’il en soit, je vous remercie de nous faire partager votre stratégie sur votre positionnement officiel France/USA, je vais suivre ça avec intérêt. Je vous remercie également pour le débat qui est fort intéressant et qui nous passionne, nous autres qui avons pour métier le e-Commerce.